La ville Baudelaire

Avant l’urbanisation intégrale du territoire, c’est-à-dire avant l’ère industrielle, il y avait beaucoup plus de solitude. Population moins dense, économie agraire et grands domaines forestiers disséminaient ça et là les familles et les personnes. Or il est difficile d’imaginer que cette implantation territoriale n’ait pas eu de conséquences sur un certain rapport à soi. Le régime de la solitude, c’est aussi un état favorable à la méditation, à l’activité spirituelle, le creuset de la religion, sans doute.

La vie en ville en revanche est un peu comme la télé, elle tisse un flux d’événements permanent. Sous l’influence de la ville, on se sent moins résolu, moins clair dans nos pensées, parce que toujours sollicité. La ville est un ressort de possibilités qui sature les sens et freine la concentration mentale. Vécue pleinement, elle montre un difficile retour à soi et par là accule l’individu à une sorte d’état de schizophrénie.

Face à ce grand péril, il aura fallu attendre le poète Baudelaire pour trouver un régime de solitude compatible avec la ville moderne.
Solitude et multitude ; termes égaux et convertibles
, écrivait-il.

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